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Témoignage : entretien avec l’association Azovstal families

Les affrontements entre nations et la géopolitique entraînent des tragédies humaines. Notre département s'est particulièrement engagé dans l'accueil de réfugiés Ukrainiens. L'Echo a décidé de publier un entretien exclusif avec des proches de prisonniers ukrainiens. Pour des raisons de sécurité des personnes, nous avons occulté l'identité et les qualités (grades, régiments...) des personnes citées et de leurs familles.
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PHOTO: DMYTRO KOZATSKY

EDM – Pouvez-vous présenter votre organisation ? Comment avez-vous eu l’idée et le courage de créer cette organisation pour soutenir les familles des combattants d’Azovstal ?

Azovstal families – L’association comprend des membres des familles des combattants d’Azovstal. Cette organisation n’a pas été créée immédiatement. La première étape a été une grande réunion avec des familles, lorsque de nombreux militaires et civils ont été encerclés par l’armée russe à l’usine d’Azovstal, dans la ville de Marioupol (ndlr : 18 mars au 20 mai). L’épouse d’un soldat et trois autres parents de soldats ont envoyé une lettre au pape afin d’obtenir de l’aide pour libérer les prisonniers car le comportement du côté russe à l’égard des prisonniers est dénué d’humanité ou de conscience religieuse. Début mai, les créateurs de l’association se sont rendus à Rome, car ils avaient reçu une réponse positive et le soutien du Pape. Malheureusement, il n’a pas été possible de libérer tous ceux qui se trouvaient sur le territoire de l’usine. Pendant les deux mois d’occupation militaire et civile, presque tous les civils ont été libérés, mais il restait encore 2 500 soldats. Ceux-ci ont été envoyés de l’usine directement dans des camps de prisonniers de guerre. Le 20 mai, toutes les familles ont complètement perdu le contact avec leurs proches. Les parents ont alors entrepris de s’unir encore plus, et les 1er et 2 juin, l’épouse d’un combattant a créé l’association Familles Azovstal. Le 22 juin, l’organisation, qui collecte des fonds pour venir en aide aux proches des détenus, notamment ceux qui n’ont pu être renvoyés vivants, ou ceux qui sont revenus à la suite de l’échange de détenus du 29 juin 2022, a été créée. L’association fournit à la fois une aide sociale et matérielle, ainsi qu’un soutien psychologique, des programmes de réadaptation, etc. Elle organise aussi diverses activités pour récolter des fonds, comme, par exemple, la vente de cartes postales, l’organisation d’expositions avec des photos qui ont été prises lors du siège à l’usine, mais tout cela s’avère insuffisant par rapport aux besoins de la plupart des prisonniers qui ont été échangés. Ces derniers sont dans un état critique, ils ont été privés de nourriture pendant très longtemps, ils ont des membres amputés ou souffrent d’une santé très précaire. Beaucoup de fonds sont nécessaires pour les ramener à une activité physique normale, sans parler du suivi psychologique. En outre, la fondation est engagée dans des activités non publiques, qui ne peuvent être divulguées pour des raisons de sécurité.

Après les batailles de Marioupol, en particulier à Azovstal, savez-vous où se trouvent les combattants encore prisonniers ?

Les prisonniers arrivés le 29 juin pour l’échange ont été transportés depuis le territoire de la région de Donetsk occupé en 2014, que les Russes appellent la DNR « République populaire de Donetsk », depuis une prison de la petite ville d’Oliivka. Pendant ce temps, de nombreuses vidéos ont été diffusées par le camp russe, dans lesquelles on voyait les prisonniers communiquer comme s’ils étaient drogués et souffraient de troubles de la parole. Le 29 juillet dernier, les Russes ont fait sauter un camp de prisonniers de guerre, 53 personnes sont mortes (ndlr : selon la partie ukrainienne). Selon deux proches de soldats retenus en Russie, les prisonniers ne se trouvent pas seulement sur le territoire occupé par la Russie en Ukraine, mais aussi dans diverses villes de Russie, loin de la frontières de l’Ukraine. Ce fait a longtemps été discuté au niveau de l’État en Ukraine, mais malheureusement, la partie russe n’entre toujours pas dans les négociations concernant le prochain échange. Certains des prisonniers se trouvent sur le territoire de la ville de Novoazovsk, territoire occupé de la région de Donetsk depuis 2014.

Des médias internationaux ont affirmé que des soldats ukrainiens avaient été échangés contre des prisonniers russes : pouvez-vous le confirmer, et combien ? Avez-vous des informations sur leur quotidien ?

L’échange a concerné 144 soldats ukrainiens, dont 95 étaient des défenseurs d’Azovstal, dont 43 appartiennent au régiment d’Azov. Malheureusement, à ce jour, il n’y a eu qu’un seul échange. Je ne peux pas dire qu’ils vont bien, ce n’est certainement pas le cas. La plupart sont dans une situation difficile, tant moralement que physiquement. Ils ont subi de graves blessures par balles et par éclats d’obus, des brûlures, des fractures, des amputations. Ils ont tous reçu de l’aide en même temps, mais les réserves en Ukraine sont insuffisantes, la guerre nous enlève toutes les ressources possibles. Nous essayons de limiter la présence des journalistes, et même les visites familiales sont limitées à certains combattants, car ces personnes ont vécu l’horreur et leur psychisme en a beaucoup souffert. Ils ont vécu 2 mois sous terre avec un verre d’eau par groupe, 3 cuillères de bouillie par jour, sans aucune protéine. Mon compagnon a perdu 14 kilos, certains ont perdu plus de 20 kilos. D’après les propos des prisonniers échangés, les conditions en captivité sont tout simplement insupportables. Par exemple, s’il s’agit d’une amputation, les médecins utilisent des pansements, ils ne prodiguent pas les soins nécessaire. En Ukraine, nous avons du amputer certains soldats à nouveau. Les locaux étaient exigus, étouffants, ils dormaient à même le sol.

Les réseaux sociaux sont mobilisés pour ne pas oublier les Ukrainiens qui sont en captivité en Russie : savez-vous si l’ONU ou d’autres organisations de défense des droits de l’homme tentent de faire pression pour accélérer leur libération ou au moins pour leur offrir de meilleures conditions de détention ?

Malheureusement, tout ce que nous avons vu, c’est un tweet de l’ONU, ainsi que de la Croix-Rouge collectant des informations sur les maladies chroniques des prisonniers. Mais nous n’avons pas reçu de soutien ouvertement depuis longtemps, c’est pourquoi nous voulons utiliser les médias pour attirer l’attention et obtenir de l’aide.

Si vous souhaitez faire un don à l’association :

www.azovstalfamilies.com

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